Le design, ce n'est pas qu'un logo : c'est résoudre des problèmes réels
Le design ne se résume pas à un logo, ni à « rendre joli ». C'est résoudre des problèmes sous contraintes, ce qui suppose de comprendre la réalité physique d'un support, et pas seulement l'écran.
On confond souvent design et création graphique. Un logo relève de la création graphique ; le design, lui, consiste à penser l'usage, la production et les problèmes à résoudre. C'est une véritable réflexion.
Prenons une pochette d'album. Cela paraît simple : une image de l'artiste et un titre. En réalité, c'est bien plus complexe. Le format, d'abord : une pochette de vinyle fait 31 x 31 cm, une pochette de CD 12 x 12 cm, une pochette numérique 1400 x 1400 px. Trois formats, trois designs pensés séparément, pas un simple redimensionnement.
Il y a ensuite les marges de découpe. À l'impression, la machine ne coupe jamais exactement au bord : elle laisse une marge, le fond perdu. Un texte ou une image importante placé trop près du bord sera rogné. Un vrai designer positionne tout en tenant compte de cette marge invisible.
Le papier compte aussi. Un papier brillant réfléchit la lumière, un papier mat non, et cela change le rendu des couleurs. L'épaisseur joue également. Une teinte parfaite sur papier brillant peut être décevante sur papier mat.
« Le design n'est pas sur l'écran. Le design est dans la main du client qui reçoit l'objet. »
Se pose également la question de l'impression. Une image en CMJN (les couleurs de l'impression) ne se comporte pas comme en RVB (les couleurs de l'écran) : le rouge affiché à l'écran n'est pas le même une fois imprimé. Un designer doit le savoir, plutôt que de se fier au seul rendu écran.
Il faut aussi distinguer la version de travail de la version de production. La première, montrée au client, est souvent en RVB, à l'écran, sans marges de découpe : elle est séduisante. La seconde est tout autre : en CMJN, avec les fonds perdus, les repères de coupe et les spécifications techniques destinées à l'imprimeur.
Beaucoup s'arrêtent à la version de travail : « Voilà, c'est joli. » Mais ce n'est pas du design, seulement de la création graphique. Le vrai design pense jusqu'au bout : comment l'objet sera imprimé, avec quelle technique, comment il sera plié, comment il sera livré.
Prenez une brochure. Ce ne sont pas de simples pages : il faut penser la pagination, la couverture vue en premier, le dos vu en dernier, la reliure qui masque le bord intérieur, la façon dont la brochure s'ouvre, le risque de voir une image coupée à la pliure.
C'est pourquoi les vrais designers travaillent en fichiers vectoriels, redimensionnables sans perte, et en CMJN pour l'impression : ils pensent à la production dès le départ. La mise en page, elle non plus, n'est pas un simple arrangement d'éléments, mais une véritable discipline : alignement, espacement, hiérarchie, lisibilité sur papier, équilibre. Comment guider l'œil, comment rendre un texte confortable à lire.
Les contraintes sont déterminantes. On n'imprime pas n'importe quelle couleur sur n'importe quel papier ; on ne fait pas une brochure de 10 pages quand l'imprimeur travaille par cahiers de 8 ou 16 ; on ne pose pas de texte blanc sur fond blanc. Un bon designer compose avec ces contraintes, pas contre elles. Le coût entre aussi en jeu : un papier noir coûte plus cher qu'un blanc, deux couleurs plus qu'une seule, un papier spécial plus qu'un standard. Qui comprend cela réalise de belles choses même avec un budget limité, là où un designer obnubilé par la seule esthétique propose des projets irréalisables.